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vendredi 25 mars 2016

Invisible - Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini


Invisible fait partie d'une série de BD parue chez Gulf Stream Editeur dont le thème est l'adolescence et ses maux. Chaque BD s'intéresse à l'un des personnages d'une photo de classe.
Ici, nous suivons Marie, une collégienne mal dans sa peau : elle se trouve trop grosse, trop moche et se dévalorise systématiquement. Un jour, le garçon qu'elle aime en secret, Soan, s'intéresse à elle, elle va donc faire quelques efforts pour se valoriser mais ce n'est pas si facile et la réalité est souvent bien plus complexe qu'il n'y paraît...

Il s'agit d'une BD prenante, qui se lit d'une traite. Je me suis retrouvée en Marie et j'ai compris ce qu'elle pouvait ressentir à bien des égards... Charlotte Bousquet a su trouver les mots justes pour exprimer ce que vit une adolescente introvertie et n'ayant aucune confiance en elle. Quant à Stéphanie Rubini, elle nous offre des dessins dynamiques et nous fait comprendre en quelques coups de crayon quand Marie rougit et quand elle a envie de se cacher. La fin de cette histoire est brutale, on croit qu'une dernière planche va suivre, mais non ! Cela entraine chez le lecteur surpris une réflexion, des interrogations. C'est donc une BD à la fois agréable à lire et percutante, bravo à Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini. Un coup de cœur pour moi !
Voici les liens vers les site de Charlotte Bousquet , Stéphanie Rubini et l'éditeur Gulf Stream.

mercredi 23 mars 2016

Alisik - Tome 1/Automne - Helge Vogt et Hubertus Rufeldt



Alisik est une bande-dessinée allemande de Vogt et Rufeldt.
Alisik est une jeune fille qui se réveille un jour dans un cimetière... elle apprend par ses nouveaux compagnons qu'elle est morte... Elle découvre peu à peu son nouvel univers. Un soir elle rencontre un jeune homme qui se promène avec son chien, il est aveugle, mais il peut l'entendre...

Il s'agit d'une très belle BD. les dessins sont superbes et on se laisse facilement embarquer dans l'intrigue, à la fois simple et poétique. Une belle découverte !


Il existe 4 tomes : Automne / Hiver / Printemps / Sa mort.


lundi 21 mars 2016

Journée mondiale de la poésie 2016

Cette journée du 21 mars 2016 est officiellement la "Journée mondiale de la poésie". A cette occasion, le poète grec Dinos Siotis a lancé un appel pour que cette journée soit placée sous le thème des réfugiés. A Paris, des tracts poétiques seront distribués sur le parvis des Droits de l'Homme, avis aux parisiens !
Je ne suis pas parisienne mais voici ma petite contribution au travers de ce blog, je vous propose de lire le poème de Jacques Prévert, "Etranges étrangers"

ÉTRANGES ÉTRANGERS, Jacques Prévert
Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
Hommes de pays loin
Cobayes des colonies
Doux petits musiciens
Soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
Brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
Ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
Au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
Embauchés débauchés
Manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers
Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
Pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère
Rescapés de Franco
Et déportés de France et de Navarre
Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
La liberté des autres.
 
Esclaves noirs de Fréjus
Tiraillés et parqués
Au bord d’une petite mer
Où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
Qui évoquez chaque soir
Dans les locaux disciplinaires
Avec une vieille boîte à cigares
Et quelques bouts de fil de fer
Tous les échos de vos villages
Tous les oiseaux de vos forêts
Et ne venez dans la capitale
Que pour fêter au pas cadencé
La prise de la Bastille le quatorze juillet.
 
Enfants du Sénégal
Départriés expatriés et naturalisés.
Enfants indochinois
Jongleurs aux innocents couteaux
Qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
De jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
Qui dormez aujourd’hui de retour au pays
Le visage dans la terre
Et des hommes incendiaires labourant vos rizières.
On vous a renvoyé
La monnaie de vos papiers dorés
On vous a retourné
Vos petits couteaux dans le dos.
 
Étranges étrangers
 
Vous êtes de la ville
Vous êtes de sa vie
Même si mal en vivez
Même si vous en mourez.

dimanche 20 mars 2016

Une bouteille dans la mer de Gaza - Valérie Zenatti


Pour mon retour sur la blogosphère après une absence d'un an, je vous présente un roman de littérature jeunesse paru en 2005 chez l'Ecole des Loisirs : Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie Zenatti.

Tal est une jeune Israëlienne de 16 ans, le roman débute lors d'un attentat dans un café, juste en bas de son immeuble. La jeune fille ne comprend pas cette violence et décide d'écrire une lettre et de la glisser dans une bouteille. Elle demande à son frère Eytan, qui fait son service militaire dans la bande de Gaza, de jeter cette bouteille dans la mer, espérant que quelqu'un répondra à l'adresse mail qu'elle a laissée (bakbouk@hotmail.com). C'est un jeune Palestinien, qui se surnomme "Gazaman" qui répond. La suite du roman est constitué de l'échange épistolaire entre ces deux personnages qui, malgré le conflit qui oppose leurs peuples, malgré les attentats d'un côté, les bombardements de l'autre, malgré tout ce contexte très lourd et complexe, découvrent leur point commun : tous deux sont les victimes d'un conflit qu'ils n'ont pas choisi.

On pourrait s'attendre, avec le thème du conflit israélo-palestinien, à un roman bien-pensant, mièvre et insipide, or, ce n'est pas du tout le cas. Le personnage de Gazaman est complexe et son premier mail n'a rien de fade. Valérie Zenatti transporte son lecteur dans un univers dur et le fait passer des rires aux larmes avec beaucoup de finesse. Ce roman se lit rapidement, l'échange de mail rend la narration très dynamique. Non seulement on ne s'ennuie jamais, mais en plus, on apprend beaucoup de choses sur ce conflit (par exemple, je ne connaissais pas le terminal d'Erez etc.) Bien sûr, il ne s'agit pas d'un documentaire mais il n'empêche que ce livre est très bien documenté. Je conseille ce livre aux ados à partir de 12-13 ans mais aussi aux adultes, ce n'est pas parce que les héros sont jeunes qu'ils doivent attirer uniquement les lecteurs de leur âge.

Voici le début du premier mail que Gazaman envoie à Tal après avoir découvert la bouteille sur une plage de Gaza.

De : Gazaman@free.com
A : bakbouk@hotmail.com
Objet : (pas d'objet)
Salut,
Je te préviens d'emblée, je n'ai pas de longs cheveux bruns, des yeux noisette -des sourcils épilés aussi peut-être ? - et tout le tralala qui tartine la moitié de ta lettre. J'ai plutôt une moustache noire et des poils plein les jambes. Enfin, pour la moustache, je rigole, je l'ai rasée il y a quelques années, à cause des gens de ton peuple d'ailleurs...
Qu'est-ce que j'ai ri en lisant ta lettre ! A m'en tordre les côtes. Lance-toi dans le comique, tu es promise à une grande carrière, surtout du côté de Gaza !
Mademoiselle "bouteille pleine d'espoir dans un océan de haine", je t'informe que je suis un garçon, eh oui, quand on envoie une bouteille à la mer, il faut s'attendre à tout, y compris à ce que ce ne soit pas le destinataire de ses rêves qui la reçoive. D'ailleurs, si une fille l'avait trouvée, ta bouteille, elle en aurait certainement fait un bougeoir sans pouvoir lire ta jolie prose de fifille-à-son-papa toute pure et sensible. Les Palestiniennes ne parlent pas hébreu, ma vieille, en tout cas pas à Gaza. Tu n'imagines quand même pas qu'on nous enseigne la langue de l'ennemi en première langue avec grand contrôle à la fin de chaque trimestre et une préparation au bac où on étudierait vos auteurs ? Tu n'imagines pas qu'un gamin risquerait de recevoir une raclée de son père parce qu'il a eu zéro en hébreu ? Si moi je peux te lire, t'écrire, et même me foutre de ta gueule, c'est parce que j'ai été obligé d'apprendre l'hébreu, et j'ai même ...
Je n'ai pas envie de t'expliquer. Je te réponds parce que tu m'as fait passer un bon moment avec toutes tes histoires, tu n'écris pas trop mal. [...]

Ce très beau roman a été adapté au cinéma par Thierry Binisti. Malheureusement (et comme souvent), le film n'est pas à la hauteur du livre. Le personnage de Gazaman perd, à mon sens, tout son piquant et l'histoire a dû être modifiée pour des raisons techniques (pour pouvoir obtenir des subventions, il fallait que les personnages parlent français par moment, donc Tal devient une française installée récemment à Jérusalem avec ses parents et Gazaman décide de prendre des cours de français). Voici la bande-annonce de ce film décevant et peu fidèle au livre.


lundi 16 mars 2015

L'insurrection poétique, Manifeste pour vivre ici

A l'occasion du 17e Printemps des poètes, le recueil de poésie intitulé L'insurrection poétique, Manifeste pour vivre ici a été publié par les éditions Bruno Doucey.
Des poèmes de l'Antiquité à nos jours sont classés par thème, tous en rapport avec le regard que l'on peut porter sur le monde, tous manifestent pour ou contre quelque chose, que ce soit contre la Shoah, contre l'homophobie, pour la liberté...

Ce recueil est très bien fait car les thèmes choisis sont très variés et il rassemble des auteurs classiques et des auteurs très contemporains, 110 poètes en tout. J'ai découvert avec beaucoup d'intérêt par exemple les poèmes portant sur la crise économique dans la partie intitulée "Au croc de la phynance" en référence à Ubu roi d'Alfred Jarry.





En voici un exemple avec le début du poème de Jack Küpfer, Trader, publié en 2011 :

"Ailleurs
Dans les palpitations de la nuit

D'autres vomissent dans le grand huit de l'argent facile
Planent sur les rails du pillage

Entre lancer de nain et cocktail de drogues
Chirurgie esthétique et orgie de golden boys
Monstres civilisés au solstice des affaires
Les sanctifiés du capital ruinent à pleines mains
Achètent
Vendent le monde
[...]"




lundi 9 mars 2015

"Roman" - Arthur Rimbaud - 17e Printemps des Poètes

 
 
ROMAN
 
I
On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière....
II
- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête....
III
Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,
Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...
Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif....
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...
IV
Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire...!
- Ce soir-là,... - vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade..
- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.
                                                                                           29 sept. 70    Arthur Rimbaud