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dimanche 15 décembre 2013

La nostalgie heureuse - Amélie Nothomb

Comme tous les ans, Amélie Nothomb sort un roman pour la rentrée littéraire. 2013 ne fait pas exception et l'auteure à succès nous propose cette fois un texte autobiographique : dans le cadre d'un reportage télévisé, Amélie Nothomb retourne au Japon. Elle retrouve la ville où elle a grandi, sa nourrice et premier amour.

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu de livre d'Amélie Nothomb, ces derniers romans m'avaient lassée, mais celui-ci me tentait malgré tout et il m'a été offert. J'ai donc abordé cette lecture avec enthousiasme car elle allait me changer des livres que je lis pour le prix ELLE.

Dans ce texte, on retrouve l'autodérision que l'on connait dans Stupeur et tremblement mais il n'y a aucune trace de certains aspects de ses précédents romans (en particulier le côté loufoque exacerbé et l'invraisemblance de certaines histoires). J'ai trouvé, bien au contraire, une certaine retenue dans la narration. J'ai beaucoup aimé les retrouvailles entre Amélie et sa gouvernante Nishio-san, on y découvre l'auteure pleine d'hésitations, ne sachant pas comment réagir ni comment exprimer les sentiments qui la submergent : "La porte s'ouvre, je vois apparaître une très vieille dame qui mesure un mètre cinquante. Nous nous regardons d'abord avec terreur. Les retrouvailles sont des phénomènes si complexes qu'on ne devrait les effectuer qu'après un long apprentissage ou bien tout simplement les interdire.
[...] Je lui montre la caméra et lui demande si cela la dérange. Elle reprend sa litanie d'excuses, je la comprend très bien, ce que j'éprouve est pareil : nous sommes si gênées que la présence d'une caméra n'y change rien."

J'ai aussi aimé les moments où l'auteure nous fait part de son travail d'écriture : "Toute personne qui débarque dans la plus belle ville du monde est tentée de prononcer quelque solennelle sottise. La tentation est encore plus forte quand on écrit à ce sujet. Mais ne pas consacrer un mot à la plus belle ville du monde serait une ineptie. Bref, me voilà bien dans l'entre-deux des choix stupides." S'en suit une tentative de description de Kyoto : "Certes, Tokyo est quatre milliards de fois plus moderne que Kyoto, mais c'est sa vocation de capitale et elle la maîtrise. Kyoto donne une impression de schizophrénie : la juxtaposition des époques y crée d'énormes différences de potentiel sans qu'aucun échange entre elles ne paraissent possible. Imaginez une ville qui soit à la fois aussi mystique et sublime que Pagan, aussi riche et bourgeoise que Bordeaux, aussi technologique et chaotique que Seattle : pour autant qu'une telle mixture soit imaginable, c'est ce qui évoque le mieux Kyoto." Non seulement l'écrivain décrit ses doutes et la difficulté que l'on peut avoir à décrire un lieu indescriptible mais en plus, elle nous fait voyager.
En revanche, un passage m'a particulièrement agacée, c'est celui où l'auteure visite son ancienne école et rencontre les institutrices : "Nous nous asseyons sur des chaises d'enfants. J'avise des ouvrages de couture et je m'exclame que j'en avais un pareil de mon temps. La dame propose poliment de constater les progrès que j'aurais pu effectuer ces quarante dernières années. Comme le ridicule ne tue pas, je commence à broder une fraise au gros fil rouge. La caméra n'en perd pas une miette. Une voix murmure en moi : "Tu as écrit de ton mieux des romans que tu espérais riches de sens, et voici ta récompense." Je n'en tire pas moins l'aiguille avec application. La puéricultrice me félicite. Je ris pour ne pas crever de honte." Non seulement Amélie Nothomb a une haute opinion d'elle-même, certains de ses romans m'ont plu, mais le qualificatif "riche de sens" me paraît bien présomptueux et son attitude est plutôt hautaine. Finalement, cet aspect du personnage est toujours présent dans ses livres, dommage...

Voici, pour terminer, une vidéo très intéressante dans laquelle l'auteure explique la perception différente qu'on les Occidentaux et les Japonais de la nostalgie.
http://www.youtube.com/watch?v=vbofjIk6PRU




samedi 7 décembre 2013

La maison des absents - Tana French



Dans son polar La maison des absents, l’auteure irlandaise Tana French nous emmène à Broken Harbour, non loin de Dublin. Ce village avait tout pour devenir un lieu paisible pour ses habitants, mais la crise est passée par là, le promoteur a fait faillite et le chantier a été abandonné. Quelques familles y vivent malgré tout, les Spain font partie de ceux-là. Un jour, le père et les deux enfants sont retrouvés assassinés, la mère est entre la vie et la mort. L’inspecteur Kennedy et son jeune coéquipier Richie mènent l’enquête.
J’ai beaucoup aimé ce roman pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, l’inspecteur Kennedy est le narrateur et nous livre ses réflexions parfois désabusées sur son métier. Certaines d’entre elles peuvent surprendre voire déranger certains lecteurs mais pour ma part, j’ai aimé le ton et le côté provocateur de ce personnage. Il forme une équipe de choc avec Richie, son opposé. L’association de l’expert et du débutant fonctionne souvent et c’est aussi le cas avec ce roman. La psychologie des personnages est construite avec beaucoup de finesse, que ce soit celle des inspecteurs que celles des victimes et des autres personnages. J’ai aussi beaucoup apprécié le fait que les inspecteurs soit des personnages humains avec leurs qualités et leurs faiblesses et que, par moment, ils se trouvent en difficulté. Cela m’a permis de m’identifier à eux et de me plonger complètement dans cette histoire terrifiante.
De plus, Tana French a l’art de délivrer les informations au compte-goutte. Tout au long de la lecture, on se demande ce qui s’est réellement passé et on ne peut plus lâcher le livre. Il est tellement prenant que les pages se tournent toutes seules ! Le style est fluide et très agréable à lire. Je n’ai trouvé aucune longueur, à aucun moment je ne me suis ennuyée. La Maison des absents est un roman policier tel que je les aime : prenant et agréable à lire.



mercredi 4 décembre 2013

Tout ce que je suis - Anna Funder


Le roman Tout ce que je suis, d’Anna Funder, nous raconte l’histoire de quatre Allemands, Ruth, Hans, Ernst et Dora, exilés en Angleterre, qui vont mettre tout en œuvre pour prévenir le monde du danger que représente Hitler.
Les romans sur la seconde guerre mondiale et sur le nazisme sont légions, j’en ai déjà lu un certain nombre et c’est avec un sentiment de lassitude, de « déjà vu » que j’ai abordé ce roman.  Heureusement, mes aprioris ont été contredits ! Non seulement l’histoire est intéressante, j’avais envie de connaître le destin des quatre personnages, mais la narration est aussi très originale ! Les récits s’entrecroisent, Ruth et Toller alternent leur narration et, ce qui est époustouflant dans la construction de l’intrigue, c’est que les époques se croisent. Cela est déstabilisant, mais après quelques confusions, j’ai non seulement pris l’habitude mais petit à petit, j’ai de plus en plus apprécié ce procédé d’écriture. De plus, bien que ce roman reprenne un thème ultra-connu, il parvient à être original  car on a tendance à oublier que les Allemands aussi ont résisté. En lisant ce roman, on apprend énormément de chose sur cette période noire de l’histoire, je n’ai bien sûr pas vérifié la véracité de ses affirmations mais tout pousse à croire qu’Anna Funder a fourni un immense travail de recherche.
Un bémol important toutefois : certains passages m’ont paru très longs, l’action avait, à plusieurs reprise, du mal à se mettre en place. L’ensemble manquait, à mon sens, de dynamisme. C’est dommage car ce roman a de nombreuses qualités. Au final, mon bilan est plutôt négatif car même si le roman est instructif et le traitement du thème original, cela ne parvient pas à compenser l'ennui que j'ai ressenti à plusieurs reprises.


 

lundi 2 décembre 2013

Zone de non-droit - Alex Berg


Zone de non droit est un roman policier de l’auteure allemande Alex Berg. Il raconte l’histoire de Valérie Weymann, avocate, mère de famille, suspectée d’être liée à Al-Qaïda et arrêté à l’aéroport de Hambourg pour être ensuite enfermée et torturée dans une prison en Europe de l’Est.
Ce roman policier change de ce que j’ai l’habitude de lire car on ne cherche pas à sa voir qui est coupable d’un meurtre mais plutôt comment Valérie,  personnage principal, que l’on sait innocente, va se sortir de la situation horrible dans laquelle elle se trouve. Même si le personnage de Valérie n’attire pas d’emblée la sympathie, son emprisonnement arbitraire nous pousse à compatir avec elle. Je me suis donc attachée à ce personnage, plus par sa situation que par son caractère.

J’ai beaucoup aimé le style du roman. L’auteure sait varier les tonalités et les points de vue, cela permet à la narration d’être dynamique et donne au lecteur l’envie de tourner les pages de plus en plus vite.
J’ai aussi apprécié la structure du livre : chaque partie débute par la citation d’un extrait de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen. Par exemple, la première partie débute par l’article 11, paragraphe 1 : « Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaire à sa défense lui auront été assurées. » Alex berg donne immédiatement le ton : on connait le contenu de cette première partie en lisant cet article, on sait qu’il arrivera immédiatement l’inverse à Valérie. J’ai trouvé ce procédé très habile pour susciter la curiosité du lecteur.
En revanche, bien que j’aie pris un grand plaisir à lire ce livre, ma préférence va aux thrillers palpitants. Zone de non droit n’entre pas dans cette catégorie car même si l’intrigue est prenante, elle n’est à aucun moment angoissante : on se pose des questions sur le devenir de Valérie mais on ne tourne pas les pages en tremblant ; c’est malheureusement ce qui m’a manqué ici.


dimanche 1 décembre 2013

Bilan octobre - novembre



Il faut le dire, j'ai un peu de mal à tenir ce blog à jour en ce moment. Cette fin d'année est chargée pour moi et mes lectures pour le prix Elle me prennent pas mal de temps : certains livres sont passionnants mais d'autres le sont beaucoup moins et je les lis très lentement. Cette expérience du prix me plaît énormément, d'un point de vue aussi bien littéraire qu'humain (je fais partie d'un groupe de jurées extra !) mais la tenue de mon blog, paradoxalement, s'en ressent...

Malgré tout, il est temps de dresser le bilan des deux mois écoulés : octobre et novembre.

J'ai lu (ou pour être plus exacte, j'ai commenté - compte-tenu de mon retard, je publie mes articles longtemps après avoir lu les livres) 8 livres dont :
- 1 roman policier
- 4 romans
- 3 documents

Ces lectures sont toutes pour le prix Elle sauf une :il s'agit d'un roman en partenariat avec Priceminister.

Parmi ces livres, un seul coup de cœur : Tout s'est bien passé, d'Emmanuelle Bernheim, document qui m'a bouleversée et qui, selon moi, a toutes ses chances pour gagner le prix des lectrices de Elle...


samedi 30 novembre 2013

Tout s'est bien passé - Emmanuèle Bernheim



Tout s’est bien passé est un document écrit par Emmanuèle Bernheim, romancière et scénariste.
Suite à un AVC, son père, comme bien souvent dans ces cas-là, est fortement diminué. Lui qui était un homme dynamique et sûr de lui se retrouve dans cet état qu’il n’accepte pas. Il demande donc à sa fille, Emmanuelle, de l’aider à mourir. En France, l’euthanasie est interdite mais l’auteure fait les démarches nécessaires en Suisse auprès d’une association spécialisée dans ce que l’on zpeut nommer « le droit à mourir dans la dignité ». Le titre, Tout s’est bien passé, est la phrase prononcée par la personne qui a accompagné M.Bernheim jusqu’au terme son suicide assisté.

Le sujet central, l’euthanasie, touche forcément le lecteur, qu’il soit pour ou contre. Ce n’est pas un sujet neutre, cette lecture ne peut donc pas être légère. Emmanuelle Bernheim décrit sur les premières pages l’annonce de l’AVC et la découverte de son père à l’hôpital. Ce sont des événements que j’ai connus pour une personne qui m’était très chère, cette lecture m’a été alors très pénible. L’auteure décrit avec une grande précision l’état dans lequel on se trouve face à une telle annonce mais aussi l’état de la personne. Mes sentiments face à cette lecture durant les premières pages étaient très ambigües : j’avais envie d’y mettre un terme tant j’étais ébranlée, mais dans le même temps, je ne parvenais pas à lâcher le livre car je découvrais une autre expérience que la mienne face à un événement que j’avais connu. Beaucoup d’interrogations me sont alors venues à l’esprit sur mon rôle de jurée d’un prix littéraire : comment noter un tel livre ? Ce n’est absolument pas le genre d’œuvre  que je lis, au contraire, c’est plutôt un genre que je fuis : je ne lis pas pour me mettre mal à l’aise. Mais paradoxalement, je le trouve réussi car il m’a happée.  Une lecture est forcément subjective mais jusqu’à quel point dois-je faire intervenir ma subjectivité dans  ma notation pour ce prix littéraire ? Dois-je retenir le malaise et les idées  noires qu’il a fait resurgir en moi ou alors son style et sa capacité à faire naître des émotions (quelle qu’elles soient) chez son lecteur ? Après de nombreuses hésitations, j’ai opté pour la deuxième solution en mettant de côté ce qui m’a été pénible car, finalement, si le début m’a mise mal à l’aise, c’est justement parce qu’il est réussi : s’il avait été médiocre, je ne me serais sans doute pas sentie aussi impliquée personnellement dans cette lecture.
D’une manière plus générale et moins centrée sur mon vécu, c’est un document qui est apte à faire réfléchir le lecteur sur l’euthanasie, on ressort de cette lecture plein d’interrogations. J’ai beaucoup aimé le fait qu’Emmanuelle Bernheim soit restée centrée sur son histoire et n’ait pas milité ouvertement pour l’euthanasie. Elle laisse le lecteur se faire ses propres réflexions et je n’ai pas eu le sentiment qu’elle cherchait à l’influencer dans un sens ou dans l’autre. J’ai perçu ce livre comme un récit de vie et de mort mais pas comme un ouvrage engagé.

Pour conclure, Tout s’est bien passé m’a bouleversée, il fait partie des livres que je n’oublierai pas et dont le titre aura, désormais, une résonnance particulière en moi.
 

 

lundi 25 novembre 2013

Fille de la campagne - Edna O'Brian


Dans Fille de la campagne, l’Irlandaise Edna O’Brian raconte ses mémoires. Née en 1930 dans la campagne irlandaise, elle est devenue une auteure majeure de la littérature anglophone.
La vie de l’auteure racontée dans ce document est prenante. On peut se plaire à découvrir non seulement ce qu’a été son existence mais aussi ce qu’était l’Irlande du début du XXe siècle ainsi que la condition féminine de cette époque. J’ai pu, grâce à cette lecture, découvrir un pays, une époque et une personne dont j’ignorais beaucoup de choses.

Malgré ces qualités indéniables, j’ai eu beaucoup de mal à me plonger dans ce document. Certains passages m’ont paru interminables. Les chapitres sont brefs, ils ne s’étalent que sur dix pages chacun en moyenne, pourtant j’ai cru à de nombreuses reprises que je ne parviendrai jamais à terminer le chapitre en cours.
De plus, le style m’a paru haché, les phrases n’était pas fluides à la lecture. Certaines formulations m’ont semblées étranges et peu agréables. Je ne remets pas absolument pas en question  l’écriture d’Edna O’Brian, mais je suppose que le problème se trouve dans la traduction.

Finalement, je n’ai lu que quelques pages de ce document tant je me suis ennuyée. Il m’a été impossible de terminer ce livre.
Malgré tout, il ne s’agit que d’une rencontre qui ne s’est pas faite entre lui et moi car je pense que de nombreux lecteurs y trouveraient un grand intérêt.
Voici un extrait situé au tout début du livre :
"Il me semble avoir vu les choses avant de les avoir vraiment vues ; elles ont toujours été là, comme les mots, je crois, ont toujours été là, filant à travers nous. Je crois, par exemple, avoir reconnu les murs bleus de la chambre bleue, les murs suintant tranquillement de l'humidité sans fin et pas de feu, alors même qu'il y avait un âtre, ridiculement petit en comparaison de la taille de la pièce, où le couvercle d'une boîte de chocolats avait été placé en guise de décoration. Et Notre-Dame ? Elle n'était pas la créature cireuse des peintures que je devais voir sur différents murs, mais une Notre-Dame de Limerick bien en chair, avec une foule d'enfants à ses chevilles, comme si elle venait de leur donner naissance. Son accouchement était bien plus heureux que celui de ma mère, qui en parlait encore des années après : le travail, la longueur du travail, la nuit de décembre et la gelée noire qui était habituelle à cette époque de l'année, la sage-femme qui tardait et le raffut, qui se révéla vain, quand on lui dit que j'étais pied-bot parce que je n'étais pas venue au monde comme il faut."
 
 

samedi 23 novembre 2013

Arrête, arrête - Serge Bramly


Arrête arrête : le titre m’a immédiatement interpellée. Sans trop savoir quel était le sujet du livre, j’étais attirée par lui, comme par esprit de contradiction, on me demande d’arrêter, alors je fonce !
En réalité, le titre est celui d’une chanson de Patricia Carli chantée par Anne-Gisèle à Vincent dans le roman.
Vincent purge sa peine de prison chez lui avec un bracelet électronique. Sans que l’on sache pourquoi (ni nous, lecteurs, ni le frère de Vincent et encore moins la police), il casse son bracelet et part en cavale. Celle-ci l’amènera dans une boîte d’échangisme où il fera une belle rencontre, LA rencontre.

Ce roman est très bref, de ce fait, le style est particulier : les phrases sont courtes, l’écriture est rapide, peu de descriptions mais des sortes de « flash ». Malgré le titre, on ne peut s’arrêter de lire ce roman car la plume de Serge Bramly nous entraîne jusqu’à la fin.
L’auteur ne nous dit pas immédiatement ce qu’a fait Vincent pour être condamné, de ce fait, j’ai eu du mal à apprécier ce personnage. De plus, rien n’est fait pour qu’on l’aime, le narrateur est neutre, il ne force pas nos sentiments envers lui. Pourtant, c’est lui qui nous suivons tout au long de l’histoire. Ainsi, Serge Bramly réussit le tour de force de nous mettre à la place de son personnage auquel on ne s’identifie pas ! Nous sommes plongés, comme lui, dans un monde peu avenant.  Une partie de l’intrigue se déroule dans une boîte d’échangisme, les descriptions n’ont fait que confirmer l’atmosphère sombre, glauque, malsaine de mes représentations : « un entremêlement confus de membres luisants évoquait les tentacules d’une pieuvre. L’activité déployée sécrétait des moiteurs rances » écrit l’auteur pour décrire l’endroit de la boite appelé le « sauna ». Pourtant, c’est dans cette atmosphère qu’apparaît Anne-Gisèle (Vincent croit l'avoir déjà croisée sur les Champs Elysées), une lumière dans les ténèbres, sa peau laiteuse envoute le fugitif et contredit ses plans. De plus, comme pour contrebalancer la noirceur de son roman et peut-être  aussi pour montrer au lecteur que la poésie est partout, l’auteur parsème sa narration de vers poétiques : Verlaine, Beaudelaire, Lamartine et Vigny sont cités. Une femme de la boite échangiste fait ressurgir ce vers dans l’esprit de Vincent : « L’elixir de ta bouche où l’amour se pavane » (« Sed non satiatia », Beaudelaire, Les Fleurs du Mal) ; Serge Bramly a-t-il voulu poursuivre le même but que le poète en transformant la boue en or ?
A plusieurs reprises je me suis sentie un peu mal à l’aise dans cet univers et le fait de ne pas m’identifier une seconde au personnage principal m’a par moment lassée. Mais le roman est très court et on arrive très vite à la fin… Et quelle fin ! Il est absolument impossible de la révéler sous peine de gâcher la lecture mais, selon moi, c’est elle qui donne au  livre tout son intérêt. Arrête arrête est comme une nouvelle dont la chute apporte le sens à l’histoire. Finalement, malgré une lecture par moment peu agréable, j’ai beaucoup aimé ce roman grâce à ses dernières lignes : toute la sensibilité qui m’avait manqué est condensée à cet endroit, j’ai été touchée par les derniers mots. Après avoir refermé le livre, je suis restée un moment rêveuse …


Voici un extrait du roman, il s'agit de la première page :

"Les policiers ne comprenaient pas. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Vincent avait pratiquement fini de purger sa peine.
Je ne comprenais pas non plus.
Deux inspecteurs. En blouson, plus jeunes que moi : la trentaine. L'un, le cheveu long, gras. L'autre, le visage flou, rien de mémorable. Leur expression disait : marre de perdre notre temps.
Mes réponses ne leur plaisaient pas. Elle trahissaient moins mon ignorance, semblait-il, qu'une volonté de faire l'idiot, c'est-à-dire le malin.
Vincent avait disparu, après avoir coupé son bracelet électronique. Assigné à résidence, à Nantes ? J'ignorais même qu'on lui avait accordé la conditionnelle."


Cette lecture a été effectué dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Priceminister. Je remercie donc vivement Priceminister et les éditions NiL pour cette belle découverte.



mercredi 23 octobre 2013

Une faiblesse de Carlotta Delmont - Fanny Chiarello


Une faiblesse de Carlotta Delmont raconte l’histoire de la cantatrice éponyme en voyage  en France en 1927. Un jour, alors que rien ne le laisse pressentir, elle disparaît subitement. Tout le monde, y compris la presse s’interroge…
Le roman se compose de cinq parties totalement inégales pour moi (« Papiers », « Confidences », « Livre de bord », « Le premier baiser d’avril est à moi » et « Légende »).
J’ai adoré la première partie, il s’agit du moment où la cantatrice disparaît. Ce passage est plein d’originalité, Fanny Chiarello, l’auteure, parvient à apporter un souffle nouveau au roman contemporain, rien que cela ! En effet, les formes sont très variées : extrait de journal, note, lettre et même poésie composent ces 75 premières pages. Cette variété confère au roman une grande légèreté, les pages se tournent sans effort, j’ai pris beaucoup de plaisir à ce moment de ma lecture. Le ton est lui-même léger, il se dégage une atmosphère un brin futile, telle que l’on peut  l’imaginer dans la France de 1927. Si l’on associe cet agréable moment de détente à un travail de création que j’ai grandement apprécié, tout semblait présager un coup de cœur pour moi, je ne pouvais plus lâcher ce roman… Mais cela n’a pas duré, les choses ne se sont pas poursuivies comme je l’imaginais.


Passées ces 75 premières pages, nous arrivons à la deuxième partie intitulée « Confidences ». Nous commençons à ce moment-là à comprendre ce qu’a été « la faiblesse de Carlotta Delmont ». Malheureusement, l’enthousiasme qui était le mien au début du roman est retombé comme un soufflé… Non seulement l’originalité dont l’auteure avait su faire preuve auparavant n’est plus présente, mais en plus, mon ennui est allé grandissant. Les lettres et les passages du « Livre de bord » sont long, ils m’ont semblés interminables, on perd totalement l’élan du départ. Pour dire les choses clairement : je me suis ennuyée. A la fin du roman, on retrouve l’esprit particulier du roman avec la pièce de théâtre mais le dynamisme étant perdu depuis 70 pages environ, on peine à le retrouver.
Ce roman m'a donc causé une grande déception...

vendredi 11 octobre 2013

Fitzgerald le désenchanté - Liliane Kerjan


Fitzgerald le désenchanté est une biographie écrite par Liliane Kerjan. Ce document nous permet de faire connaissance avec l’auteur américain ainsi qu’avec son épouse Zelda. Le couple, très en vogue dans les années 1920, a connu par la suite la maladie, l’alcool et la déchéance.

Cette biographie est très documentée, Liliane Kerjan a accompli un travail titanesque pour réunir toutes les informations qu’elle nous délivre. On se rend compte lors de la lecture des recherches importantes qu’elle a dû effectuer : l’œuvre de Scott, évidemment, mais aussi correspondances diverses, documents historiques etc.

Ce livre est captivant à plusieurs égards : tout d’abord, je ne connaissais que peu de choses sur l’auteur de Gatsby, j’ai ainsi pu combler mes lacunes sur cet auteur. Ensuite, lire la biographie de Fitzgerald, c’est aussi découvrir l’époque dont il est un emblème : les années 1920 en France et en Amérique. Les lecteurs intéressés par l’histoire s’enthousiasmeront par l’atmosphère que l’auteure parvient à ressusciter. Enfin, et c’est ce qui m’a le plus séduite dans cette lecture, l’œuvre de  Francis Scott Fitzgerald est analysée avec beaucoup de finesse et mise en parallèle avec sa vie ; par exemple, page 141, Liliane Kerjan assimile Scott au narrateur de Gatsby le magnifique : « Il est vaguement inquiet, comme le narrateur de Gatsby, qui donne une vision triste de la trentaine, âge qui contient la promesse de dix ans de solitude […] ». Finalement, cette biographie, c’est de la littérature qui parle de la littérature, bref, cela ne peut être que passionnant !
Concernant le style, il est à la fois accessible et élégant. Les phrases sont fluides et le langage est soutenu sans être pédant, cette lecture fut pour moi un agréable moment.
Maintenant que j’ai terminé ce livre, j’ai très envie d’approfondir ma connaissance de Fitzgerald en lisant certaines de ses œuvres que je ne connais pas, ce livre se termine par une bibliographie fort intéressante qui me permettra de faire mon choix. J’ai aussi l’intention de lire la biographie de Zelda récemment parue car ce personnage m’intrigue et je me suis plus attachée à elle qu’à Scott car sa sensibilité et sa maladie m’ont touchée.

Pour conclure, cette lecture a donc été pour moi non seulement agréable mais très instructive, ce livre fait partie de ceux qui m’ont positivement marquée.

Voici les premières lignes du livre dans lesquelles l'auteure pique habilement notre curiosité :
"Avant de croquer le diamant
Qu'est-ce qui nous fascine tant chez Scott Fitzgerald ? Ses folles fêtes nocturnes ou sa petite musique de nuit ? Les palmiers d'Hollywood, les tapages de New York ou le tapis brûlant de ses plages dorées ? Le gaspillage et la dissipation de sa vie ou le rêve épique des pionniers et des pères qu'il n'a cessé de vénérer ? Est-ce l'émerveillement du provincial du Middle West ou la fêlure de l'Inconstant ? La légende d'un homme qui passe vingt ans de sa vie à s'amuser ou la magie de ses nouvelles ? L'endroit du décors ou l'envers du banquet ? Les deux, bien entendu. Tout à la fois ses costumes trois pièces de dandy et ses vieux pulls de laine irlandaise. La voix d'une génération qui chevauche vers une nuit romantique et son jazz des adieux."
 
 
 

 

mardi 8 octobre 2013

Mélisande ! Que sont les rêves ? - Hillel Halkin


Mélisande ! Que sont les rêves ? de Hillel Halkin nous emporte dans le New York des années 1950. Le narrateur, surnommé Hoo, est amoureux de Mélisande depuis leur rencontre au club journal du lycée. Elle tombera dans les bras de son meilleur ami Ricky dans un premier temps mais se tournera vers Hoo après la crise de folie de Ricky après un voyage en Inde. Le roman racontera ensuite leur histoire d’amour.

Toute l’originalité de ce roman réside dans l’énonciation : le narrateur est Hoo et il s’adresse tout au long du roman à Mélisande en la tutoyant « Tu nous as invités à dîner ». Ainsi, les lectrices se sentent petit à petit concernées et finissent par s’identifier totalement à Mélisande. On a l’impression que ce roman, qui est une longue lettre de Hoo pour celle qu’il aime, nous est adressée. Ce choix d’écriture est habile et poétique.

Cette histoire d’amour ne m’a, malgré tout, pas envoûtée, je me suis ennuyée du début à la fin. Je pense que cela vient des longueurs trop nombreuses : les actions sont délayées et paraissent sans fin, à plusieurs reprises, j’ai eu envie de dire à l’auteur : « oui, on a compris ». Le fait de ralentir l’action, non au profit de la psychologie des personnages mais pour des digressions souvent inutiles, nous fait perdre de vue l’essentiel, on arrive presque à oublier l’histoire d’amour entre les deux protagonistes. Le début en particulier est très long, l’action tarde trop à mon goût à se mettre en place.

Cependant, il faut reconnaître que l’écriture de l’auteur est belle et très poétique. Hillel Halkin est un poète, non seulement son écriture nous le montre mais la poésie est aussi centrale dans ce roman, le choix du titre, issu d’un poème de Heinrich Heine, en est la preuve.

Ce roman a donc des qualités indéniables mais ses longueurs font que je l’oublierai vite.
 
 

 

samedi 5 octobre 2013

Si tout n'a pas péri avec mon innocence - Emmanuelle Bayamack-Tam


Si tout n’a pas péri avec mon innocence, roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, nous raconte l’histoire de Kimberly, plus précisément son adolescence puisque le roman s’ouvre lorsqu’elle a neuf ans et se termine quand elle en a dix-huit. Kimberly est née dans une famille nombreuse et ses parents sont des adultes qui ne donnent pas envie de grandir tant ils sont puérils, irresponsables et égocentriques. Kim est passionnée de littérature et voue une admiration sans limite à Baudelaire. C’est la poésie qui lui permettra de sortir la tête hors de l’eau lors des événements traumatisants de sa vie, elle se fera même tatouer des alexandrins sur les poignets tant la littérature lui colle à la peau.

Emmanuelle Bayamack-Tam a instillé beaucoup d’humour et de provocations dans ce roman, je resterai marquée par le passage avec les grenouilles qui est très surprenant et qui vient confirmer le ridicule de Gladys (la mère de Kim). De même, la première phrase m’a beaucoup plu car elle bouscule d’emblée le lecteur et donne le ton du livre : « Quand ma grand-mère tente de refermer les cuisses, la sage-femme l’en empêche et entreprend de bouchonner sans ménagement son périnée endolori », on imagine à ce moment-là une vieille dame en train d’accoucher sans réaliser immédiatement que la narratrice évoque la jeunesse de sa grand-mère. J’ai ri à plusieurs reprises lors de ma lecture alors que l’histoire de l’héroïne n’a rien de drôle car la mort et la prostitution font partie de son adolescence, on oscille entre comédie et tragédie, on passe de l’un à l’autre sans transition. Certains passages manquent de vraisemblance, la rencontre entre la sage-femme et Kim me parait surfaite mais, ce roman ne cherche pas le réalisme, il cherche plutôt à nous distraire en nous emportant dans son univers, et c’est réussi !

Les personnages de ce roman sont intéressants et bien caractérisés par l’auteure. Je me suis attachée à Kim, cette jeune fille est à la fois forte et fragile, j’ai trouvé très intéressant le fait de la voir évoluer dans cette période charnière de sa vie. Les membres de la famille de la jeune fille sont décrits avec un peu moins de subtilités mais ils n’en restent pas moins intéressants : ils ont leurs fragilités et sont, pour certains, comiques malgré eux. Quant au personnage de Gladys (la sage-femme) je l’ai trouvée très déplaisante : non seulement elle encourage une jeune fille de 18 ans à se prostituer, mais en plus, ses réflexions sur les rapports hommes/femmes sont à mon sens bourrés de clichés et très réducteurs. L’auteur la rend si sûre d’elle quand elle donne ses opinions que j’en ai été agacée, ce personnage croit tout savoir, avoir tout vu, tout vécu et tout connaître de la nature humaine…

L’intrigue est bien ficelée et l’auteure sait capter l’intérêt de son lecteur aussi bien par les annonces qui ménagent un certain suspense (je pense en particulier à l’annonce de la tragédie concernant l’un des deux frères) que par la construction du roman en chapitres courts. Ainsi, les pages se tournent sans que l’on s’en rende compte.

Cette lecture a donc été très agréable pour moi malgré mes réticences de départ. Celles-ci ne sont absolument pas dues à l’auteure mais à l’éditeur : j’aime avoir une idée de ce que je vais lire par la quatrième de couverture, or, ici, elle est minimaliste et l’on n’a d’information ni sur l’histoire ni sur les tonalités du roman. Ce n’est donc pas un livre vers lequel je serais allée spontanément en librairie et je serais passée à côté des bons moments qu’il m’a procurés.
Voici les premières lignes du roman :
"Quand ma grand-mère tente de refermer les cuisses, la sage-femme l'en empêche et entreprend de bouchonner sans ménagement son périnée endolori. Ma grand-mère ferait bien d'interroger la signification de cette brutalité, mais comme elle a toujours eu le chic pour profiter des bons moments, elle s'accorde le répit que lui laissent la paix retrouvée de ses viscères et l'escamotage fulgurant de son nouveau-né. Elle promène distraitement la main sur son ventre effondré et a juste le temps d'en percevoir les dernière contractions, la réplique mourante du grand chambardement, avant d'être délivrée d'un placenta dont elle ignorait l'existence et qui s'expulse d'elle en trois soubresauts voluptueux."

 

jeudi 3 octobre 2013

Bilan juillet, août, septembre... du retard à rattraper !


A l'heure de faire le bilan du mois de septembre, je me rends compte que je n'avais pas fait celui de l'été. Ce n'est finalement pas plus mal car ma participation au prix ELLE m'a fait décaler mes parutions, j'ai publié en septembre des critiques sur romans que j'ai lus en août.
Voici donc le bilan de ces trois mois :

J'ai publié 21 billets et j'ai lu 15 livres :
- 5 romans (en réalité 7 mais 2 commentaires paraîtront en octobre)
- 1 document (en réalité 2 mais mon commentaire sur le 2ème paraîtra en octobre).
- 2 policiers (en réalité 3 mais un commentaire est paru le 1er octobre)
- 2 BD
- 1 roman jeunesse
- 4 albums avec ma choupette.

Parmi cette liste, 2 coups de cœurs : No et moi de Delphine de Vigan et Cherchez la femme d'Alice Ferney.

Je décerne le coup de cœur du mois (ou plutôt des 3 mois ...) à Cherchez la femme car ce roman m'a émue, il a eu une résonnance particulière en moi et j'ai adoré le style de l'auteur.


 
 


mercredi 2 octobre 2013

Qui ? - Jacques Expert

En 1994, à Carpentras, la petite Laetitia Doussaint est violée et assassinée. La police mène son enquête mais d’erreurs en faux pas, l’enquête reste non résolue. Dix-neuf ans plus tard, l’émission « Affaires non résolues » traite de ce meurtre, quatre hommes et leur femme sont devant leur poste de télévision et le lecteur saura à la fin de l’émission (et du roman) lequel est le meurtrier.

Le type de crime choisi par l’auteur est très dur car il s’agit du viol et de l’assassinat d’une petite fille de 10 ans. Un lecteur sensible pourrait par moment être mal à l’aise car, bien que la scène de meurtre soit peu décrite, elle est bien plus touchante et violente que n’importe quelle description, même détaillée, d’un meurtre d’adulte. Dans le même temps, ce choix pousse le lecteur à vouloir connaître le coupable à tout prix et à le traquer au fil des pages.En ce qui concerne l’écriture, elle est d’une originalité remarquable. La construction de ce roman policier est tout simplement géniale : non seulement les points de vue sont alternés, le lecteur passe la soirée tour à tour avec Simon, Eric, Hervé et Antoine mais en plus certains chapitres intitulés « ELLE » ou « LUI » nous font entendre directement les pensés du criminel et de son épouse sans que l’on sache qui se cache derrière les pronoms personnels. Ce procédé donne tout son sel à l’intrigue car le lecteur est balloté de certitude en certitude, son esprit est en ébullition durant plus de 300 pages. L’auteur parsème çà et là des mots, anodins au premier abord, mais qui font douter son lecteur : « jardinage », « ce fumier »… qui jardine ? qui utilise l’expression « ce fumier ? » On ne peut rester passif durant cette lecture. J’ai beaucoup aimé les moments que m’ont fais passer ce polar… jusqu’à l’avant dernière page où le nom du meurtrier est révélé car je l’avais trouvé ! Même si Jacques Expert a ébranlé mes certitudes à de nombreuses reprises, je suis restée sur ma position et le fait d’avoir raison a en partie gâché mon plaisir car en matière de roman policier, j’aime me faire avoir. Se rendre compte qu’un auteur nous a littéralement bernés par sa ruse et son machiavélisme est un sentiment jubilatoire et j’imagine que les lecteurs qui n’ont pas identifié le bon criminel l’ont ressenti… mais malheureusement, ce ne fut pas mon cas.


dimanche 29 septembre 2013

Cherchez la femme - Alice Ferney


Dans Cherchez la femme, roman d’Alice Ferney, tout commence avec l'histoire de Vladimir et de Nina, ils font connaissance, se marient et ont un premier fils : Serge. Serge grandit et, après plusieurs aventures, rencontre Marianne qu'il épouse. Le roman raconte l'histoire de ce couple.
L’originalité et la force de ce roman résident en particulier dans deux caractéristiques. Tout d’abord, l’auteure débute non pas par la rencontre entre Serge et Marianne mais par celle entre Vladimir et Nina, les parents de Serge. En lisant le roman, on comprend parfaitement pourquoi : l’histoire des parents, l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants etc. conditionnent les histoires d’amour de ceux-ci. J’en viens donc à la seconde caractéristique qui fait, selon moi, la force de ce roman et qui en fait, n’ayons pas peur des mots, un chef d’œuvre : la psychologie des personnages est minutieusement détaillée, expliquée. Alice Ferney décrit ses personnages avec tant de finesse et d’intelligence que chaque lecteur est susceptible de se retrouver dans un personnage. Ce fut le cas pour moi, je me suis par moments identifiée à Marianne et me suis beaucoup attachée à elle. Tous les sentiments sont analysés : l’amour, le désir, la haine, la perfidie… Le narrateur omniscient nous parle de ses personnages sans complaisance, c’est aussi un aspect que j’ai beaucoup aimé. Non seulement les protagonistes sont critiqués quand ils le méritent, mais en plus les « bons sentiments » n’ont pas leur place dans ce roman. Par exemple, la maternité n’est pas idéalisée, elle est décrite simplement de la manière dont la vivent les personnages, Nina est loin d’être béate devant la sienne et on ne peut que compatir avec elle quand on lit ceci : « Elle découvrait une seconde fois l’inégalité cruciale : pendant qu’elle se sentait meurtrie et à bout de forces, Vladimir était intact, en possession de tous ses moyens, fier de sa progéniture qui lui avait si peu coûté. » (p.77)
A de nombreuses reprises, l’auteure fait des réflexions qui peuvent faire écho en nous. « On ne fait pas la vie de l’autre à sa place, pas plus qu’il ne fait la vôtre » (p.106) a eu une résonnance particulière en moi. Tout est fait pour que l’on se laisse emporter par ce roman, j’ai ri, j’ai parfois détesté certains personnages et, cela ne m’était pas arrivée depuis longtemps, j’ai pleuré à la fin de l'histoire.Il faut ajouter pour terminer que l’écriture de l’auteure est fine, élégante et cela fait du bien !Cherchez la femme est donc un roman non seulement d’une grande intelligence mais aussi bouleversant. Merci, Alice Ferney, pour ce roman que je n’oublierai pas !

Voici un extrait du roman situé dans au début de la deuxième partie intitulée "La femme de sa vie", il s'agit du portrait de Marianne :

"Marianne Villette pouvait fatiguer ou exaspérer, jamais ennuyer ou laisser indifférent. Se trouver face à ce tempérament (sa jeunesse, une aspiration à la plénitude et les moyens de l'assouvir) promettait une décharge d'impulsivité. On pouvait ne pas aimer ! Elle était vraiment une jeune fille ardente et spontanée, dont l'énergie cassait une timidité héritée de l'enfance et de l'éducation : une fille modèle qui refusait de n'être que cela, un mélange explosif d'embarras et de hardiesse. Marianne commençait juste à penser par elle-même : venant de comprendre qu'obéir à ses parents et développer son intelligence sont deux choses qui, à partir d'un certain âge, deviennent antinomiques, surtout si l'on a trouvé de bons maîtres et que l'on a des parents trop bien élevés. Sa vitalité utilisait la création pour l'exploration : elle aimait dessiner, peindre et en parler. Comme la jeunesse, elle écrivait des poèmes."

 
 





 

vendredi 27 septembre 2013

6000 nuits - Alain Borbé

L'histoire se situe à Boucainvillier, ville dans laquelle un dictateur, le Commandeur, a interdit la lecture. Esther, jeune fille qui habite cette ville, a un secret : elle est insomniaque. Evidemment, il ne s'agit pas de la petite insomnie banale que vous connaissez peut-être (moi, non ! mais ce n'est pas le sujet...) Bref, cette jeune fille n'a jamais fermé l'œil de sa vie !
Son oncle vient d'être emprisonné pour ne pas avoir respecté le couvre feu et il arrive à lui donner un carnet contenant des inscriptions étranges. Ce n'est pas tout, il lui dit de se rendre dans un quartier mal famé car quelque chose l'attend là-bas... Elle rencontre alors une société secrète, les Bienveillants et découvre pourquoi elle ne dort pas...

Ce roman pour la jeunesse (à partir de 13 ans) m'a beaucoup plu. L'écriture de l'auteur est fluide et agréable à lire. D'habitude, je n'aime pas les histoires fantastiques mais là, André Borbé a su me faire dépasser mes apriori : son histoire est prenante et même si le monde qui évolue sous nos yeux n'a rien de réel, j'ai été séduite. J'ai aussi beaucoup aimé le personnage d'Ester, sans mauvais jeu de mots, ses insomnies m'ont fait rêver !
Ce roman est un hommage au monde de l'écriture et de la lecture. Tout d'abord, le nom de la ville Boucainvillier est particulièrement bien choisi. De plus, la lecture et l'écriture sont les thèmes centraux de l'œuvre, de quoi réjouir les amoureux de littérature !
Il s'agit donc d'un roman que je recommande vivement, quel que soit votre âge à partir de 13 ans, vous passerez un très agréable moment.

J'ai lu ce livre dans le cadre du Prix littéraire des collégiens de Haute-Savoie.

Voici les premières lignes du roman :

« Marthe déposa son plumeau et ajusta la pile de livres posée au pied du petit bureau. Elle porta la main à son dos en poussant un soupir de soulagement. Elle aimait finir le ménage par cette pièce. Il n’y avait pas grand-chose à ranger dans la chambre d’Esther. Le lit jamais défait, l’oreiller sans un pli, les rideaux toujours maintenus dans leurs cordons de velours. Et pour cause, Esther ne dormait pas dans son lit. Ni dans aucun autre d’ailleurs. À l’âge de seize ans, elle n’avait encore jamais fermé l’œil de la nuit. »



Qui est André Borbé ?


André Borbé, l'auteur belge de ce roman, est ce que l'on peut appeler un artiste complet : non seulement il est écrivain, 6000 nuits est son deuxième roman (son premier s'intitule Le secret des brumes et est paru en 2007) mais il est aussi auteur-compositeur-interprète. Il a pendant longtemps chanté pour les enfants mais il chante aussi maintenant pour les adultes. Si vous souhaitez faire plus ample connaissance avec lui, voici son site internet.

jeudi 26 septembre 2013

Vie rêvée - Thadée Klossowski de Rola


Vie rêvée est le journal intime de Thadée Klossowski de Rola, fils du peintre Balthus, de 1965 à 1977. Ce jeune homme de 21 ans au début du récit côtoie ce que l’on appelle du « beau monde » : Yves Saint Laurent et Pierre Berger, Andy Warhol, Paloma Picasso, Régine, Françoise Sagan etc. Il tombe amoureux du mannequin Loulou de la Falaise mais c’est un amour compliqué.

Cette lecture m’a plongée dans un monde qui n’est pas le mien, cela aurait pu me permettre un dépaysement agréable mais malheureusement, je suis restée totalement étrangère au milieu décrit. Je n’ai trouvé aucun intérêt aux descriptions des soirées plus ou moins arrosées ni aux « partouzes » de chez Gunter Sachs… Je n’ai nullement été fascinée par le fait que l’auteur soit un ami d’Yves (Saint Laurent), de Pierre (Berger) et de Karl (Lagerfeld). Il est vrai que parfois, Thadée Klossowski de Rola se moque de ce beau monde, il est en quelque sorte un « électron libre » pour qui l’étiquette n’a pas grande valeur (par exemple, il n’hésite pas à dire à Yves Saint Laurent « Je te vole »), en ce point, je le rejoins totalement, malheureusement, malgré tout, je n’ai pas été sensible à ce livre. On pourrait le résumer ainsi : un jeune homme raconte qu’il ne fait rien à part sortir, dîner avec des amis au restaurant et, selon ses propres termes, « piner vite fait » ! Effectivement, si la vulgarité n’effraye pas Thadée Klossowski de Rola, elle n’est pour ma part, pas ma tasse de thé.

Voyant qu’au bout de cinquante pages environ je ne parvenais pas à apprécier cette lecture, je suis allée voir sur internet des interviews de l’auteur ainsi que les nombreux commentaires élogieux que l’on peut trouver sur ce livre. Ainsi je pensais que j’allais enfin, avec un peu d’aide, pouvoir comprendre ce que je n’avais pas compris, apprécier enfin ce qui m’avait échappée… Malheureusement, même après avoir compris ce qui plaisait à d’autres, je ne suis pas parvenue à apprécier cette lecture.
 


L’histoire d’amour entre l’auteur et Loulou aurait pu rendre ce livre beau, émouvant, intéressant mais pour moi, cela n’a jamais été le cas. L’auteur a expliqué ne pas avoir retravaillé son journal, peut-être aurait-il dû, car écrire pour soi et écrire pour être lu sont deux choses différentes et si certains auteurs peuvent publier sans retouches leurs écrits intimes, Thadée Klossowski de Rola est, pour moi, trop vulgaire dans son journal pour pouvoir se le permettre.

Voici un extrait situé au début de l'œuvre (1965) :
"Jeudi 13 mai. - Les beaux jours. Bell partie ce matin pour des photos à Rome. Chaleur d'été, paresse épuisante, et tristesse d'être un peu seul. Rien fait. Malatesta ne m'inspire que des niaiseries, alors qu'il faudrait une sorte d'apologie de la Férocité.
Samedi 15 mai. - Dîner Balthus aux Gobelins, chez les Gaëtan Picon, puis Castel (les jumeaux Tual, Marc Doelnitz avec Handa, jolie Suissesse que je croise tout le temps, qui m'attire beaucoup). Le petit matin des oiseaux."
 
 

lundi 23 septembre 2013

Absences - Alice LaPlante


Absences, thriller de l’auteure américaine Alice LaPlante, nous raconte l’histoire de Jennifer White, ancienne chirurgienne orthopédique, atteinte de la maladie d’Alzheimer et suspectée de meurtre. Comment trouver le coupable alors que la principale suspecte ne se souvient de rien ?
Tout d’abord, avant d’entamer ma lecture, j’étais très intriguée par la présentation de l’éditeur « Ne peut-elle ou ne veut-elle se souvenir de ce qui s’est passé ? ». De plus, la couverture représentant en noir et blanc une chaise tournée dans l’angle d’une pièce a d’emblée évoqué pour moi le vide (en lien avec le titre ?) et la solitude. C’est donc pleine d’interrogations et d’enthousiasme que j’ai débuté ma lecture.

Les premières lignes du roman sont intrigantes. En effet, on comprend d’emblée que la narratrice est Jennifer « la pièce ne m’est pas familière mais j’ai l’habitude. » Le lecteur est placé dans la même position que ce personnage malade : nous non plus  ne savons pas trop où nous sommes. Il en sera de même tout au long du roman, la focalisation interne rend la narration délicieusement troublante. L’esprit de Jennifer apparaît comme fragmenté, il nous appartient de reconstituer le puzzle.
Amanda, la voisine et amie de Jennifer est retrouvée assassinée et soigneusement amputée des doigts d’une main, le roman débute après la découverte du cadavre et on n’assistera à aucune scène sanglante, les amateurs de Jean-Christophe Grangé risquent de se trouver frustrés lors de cette lecture… mais son intérêt réside ailleurs.  Alice LaPlante a un don particulier pour faire évoluer les personnages sous nos yeux. L’image que nous avons de Jennifer se complexifie petit à petit et, dans le même temps, la dégénérescence de son esprit se ressent pleinement dans la narration. Personne n’est celui qu’il semblait être au départ. L’évolution des personnages et de la perception que l’on a d’eux prend une telle importance que, paradoxalement pour ce genre de livre, le meurtre semble parfois passer au second plan. Les attentes du lecteur de thriller sont transgressées et je rejoins totalement la critique du New York Times inscrite sur la couverture du livre : « Définir Absences comme un thriller ce serait le confiner à un genre qu’il transcende. »

Ainsi, cette lecture m’a permis de passer un très agréable moment car la narration et la finesse psychologique conférée aux personnages donnent tout son intérêt au roman.  Toutefois, j’aurais souhaité que le suspense lié à la découverte du coupable soit davantage prenant.

 

Voici les premières lignes du roman :
"Il est arrivé quelque chose. On le sent toujours quand il se passe quelque chose. On revient à soi et l'on découvre le chaos : une lampe brisée, un visage humain ravagé qui se brouille au point d'être méconnaissable. Parfois quelqu'un en uniforme : une aide médicale, un infirmier. Une main vous tend une pilule. Ou s'apprête à vous piquer.
Cette fois-ci, je suis dans une pièce, assise sur une chaise pliante métallique. Elle est glacée. La pièce ne m'est pas familière mais j'ai l'habitude. Je cherche des points de repère. Ca ressemble à un bureau tout en longueur, encombré de tables de travail et d'ordinateurs, de papiers en désordre. Pas de fenêtre.
J'arrive tout juste à distinguer la peinture vert pâle des murs : trop d'affiches, de coupures de journaux, de notices y sont punaisées. Des lampes au néon créent une lumière funèbre. Des hommes et des femmes parlent : entre eux, pas à moi. Quelques-uns portent des costumes mal coupés, d'autres sont en jean. Il y a encore plus d'uniformes. J'ai dans l'idée qu'il serait mal venu de sourire mais sans doute pas d'avoir peur."
 
 

 

 

dimanche 22 septembre 2013

Demandez le programme !


J'ai reçu fin juillet mon colis contenant la pré-sélection de novembre pour le Grand Prix des Lectrices de Elle 2014 et j'ai envoyé au magazine mes critiques, il est donc temps de les partager ici avec vous.

Voici le programme :

- Lundi 23/09 : Absences d'Alice LaPlante (roman policier)
- Jeudi 26/09 : Vie rêvée de Thadée Klossowski de Rola (document)
- Dimanche 29/09 : Cherchez la Femme d'Alice Ferney (roman)
- Mardi 02/10 : Qui ? de Jacques Expert (roman policier)
- Samedi 05/10 : Si tout n'a pas péri avec mon innocence d'Emmanuelle Bayamack-Tam (roman)
- Mardi 08/10 : Mélisande ! que sont les rêves ? de Hillel Halkin (roman)
- Vendredi 11/10 : Fitzgerald : le désenchanté de Liliane Kerjan (document)

Vous trouverez aussi les commentaires fort intéressants des autres jurées pour le prix ELLE sur les blogs dont la liste se trouve à droite !

 

mercredi 18 septembre 2013

Un printemps à Tchernobyl - Emmanuel Lepage

 
Un groupe d'artiste, dont Emmanuel Lepage, part à Tchernobyl pour rendre compte de manière artistique de la catastrophe. Cette bande dessinée est le résultat de ce périple.

J'ai trouvé très original de lire un témoignage sous forme de BD  : mieux qu'une simple description, l'association du texte et du dessin permet au lecteur de voir sans avoir à faire un effort d'imagination, de faire le voyage à Tchernobyl avec le groupe d'artiste (en toute sécurité pour lui !) et mieux qu'un reportage photo, les dessins lui permettent de voir avec les yeux du dessinateur qui superpose dans son œuvre sa subjectivité à la réalité.


L'atmosphère pesante est parfaitement bien rendue, l'ensemble est sombre mais on trouve parfois des touches de couleur. J'ai beaucoup aimé le moment où l'on voit une forêt très colorée et où l'auteur nous explique ceci : "Comment dessiner l'invisible ? J'avais imaginé dessiner des forêts noires, des arbres tordus, décharnés, étranges ou monstrueux... j'avais mes craies noires, mes encres sombres, mes fusains... mais la couleur s'impose à moi [...] dessiner, c'est soulever la surface du visible et je me sens impuissant. Va pour Pripiat et ses rues vides et grises, mais les forêts bleues ? Quoi alors ? La beauté ? Comment ça la beauté ?" Tout au long de cette BD, l'auteur nous fait part de ses interrogations et nous permet de réfléchir sur l'art, sur la catastrophe de Tchernobyl, sur les comportements humains etc.


Cette bande dessinée fut donc pour moi une belle découverte. Elle est non seulement belle, malgré le sujet, mais aussi très intéressante. J'ai compris par exemple ce qu'ont pu vivre et ressentir les habitants de la zone, certains sont retournés vivre chez eux malgré le danger, ils ne sont à aucun moment critiqués, leur histoire est racontée avec beaucoup d'humanité.
Emmanuel Lepage est aussi l'auteur d'un autre reportage BD, cette fois dans l'Antarctique : Voyage aux îles de la désolation.

lundi 9 septembre 2013

La ruche - Arthur Loustalot


Ce roman est un huis-clos entre trois jeunes filles, Marion, Claire et Louise et leur mère, Alice. Celle-ci n’a pas supporté le départ de son mari et sombre de jour en jour. Pendant ce temps, les trois filles s’isolent dans l’appartement et se souviennent…

Arthur Loustalot a su créer dans son roman une atmosphère intime. Seulement quatre personnages présents évoluent dans cette histoire, dans cet appartement, comme des abeilles dans une ruche. Le cinquième personnage est absent et c’est justement son absence qui fait toute l’intrigue, il s’agit du père. La construction des personnages est fine et subtile, l’auteur ne tombe pas dans la facilité du manichéisme : Alice, la mère, nous apparait au départ comme complètement dérangée mais petit à petit, on apprend que son histoire a fait ce qu’elle est aujourd’hui. Les filles ont, elles aussi, une personnalité complexe et ne sont parfois pas épargnées par l’auteur.

Ce qui fait l’originalité de ce roman est sans conteste le style d’écriture. Les phrases sont hachées et même s’il s’agit d’un huis clos, j’ai eu l’impression à la lecture d’une grande agitation, un peu comme si les personnages étaient cinq abeilles enfermées dans une ruche. Les personnages se coupent la parole, s’énervent parfois, on fume et on boit beaucoup dans ce roman, sans doute pour calmer une grande nervosité intérieure. La ponctuation des dialogues est étrange, elle est floue et l’on ne sait pas toujours qui parle. Ce procédé m’a donné l’impression d’écouter les conversations derrière la porte et de ne pas toujours reconnaître les voix. Arthur Loustalot nous place en position de voyeur ce qui peut nous mettre mal à l’aise par moment. Quand l’une des filles a l’impression que quelqu’un les écoute, on pense bien sûr à Alice, la mère, mais ne parlerait-elle pas aussi de nous ? Petit à petit, la tension grandit et se fait de plus en plus palpable. Il ne se passe pas grand-chose, l’intrigue se résume facilement mais tout l’intérêt réside dans l’atmosphère créée par l’auteur. Sans révéler la fin sous peine de gâcher le plaisir des  lecteurs, on peut dire qu’elle constitue le point d’orgue du roman, la tension atteint son point culminant et l’on referme le livre avec une sensation étrange.

Cette lecture est très particulière, elle m’a parfois mise mal à l’aise. Je pense qu’il s’agit d’une volonté de l’auteur qui a donc parfaitement atteint son but. Ce  roman ne peut que nous intriguer en nous immergeant dans cet appartement à l’atmosphère étouffante. J’ai apprécié cette lecture pour l’originalité de son écriture, il faut avoir beaucoup de talent pour pouvoir créer de telles atmosphères. J’émettrais toutefois une petite réserve : je ne suis pas sûre que ce livre convienne à tous les lecteurs car il est très sombre.

Voici un extrait situé au début de l’œuvre dans lequel on peut percevoir un certain flou dans les dialogues et un début de tension entre la mère et ses filles :

« Alice a traversé le couloir, appuyé plusieurs fois sur la poignée et sans attendre, s’est rendue dans la salle de bains. Oui, elle entend – oui ? Elle fait couler l’eau du lavabo et visse le bouchon du dentifrice. Oui maman ? Elle ne répond pas, la serrure de la chambre de Claire est déverrouillée, la porte de la salle de bain s’ouvre. Alice n’aime pas que les filles s’enferment à clé. Dans la salle de bains, Louise demande : qu’est-ce qu’il y a ? Alice coupe l’eau du robinet. Je dois toujours reboucher les dentifrices. Elle recoiffe sa frange devant le miroir. A votre âge.  Elle frôle Louise et replace les serviettes sur le portant. Pourquoi vous ne rebouchez – maman. Louise replace la mèche blonde qui lui couvre le front et se frotte les yeux derrière ses lunettes. Puis elle prend son bac à lentille sur la machine à laver. Alice se retourne – dans la chambre, Claire et Marion se mettent à rire. »

Un grand merci au site Chroniques de la rentrée littéraire et aux éditions JC Lattès pour ce partenariat !

N’hésitez pas à vous rendre ICI pour découvrir les nouveautés de la rentrée littéraire 2014.